Publié le 5 Mai 2016

Un mur à franchir

Il semble que c'est déjà si loin, mais c'était fin mars, c'est tout récent.

Les premiers jours,

C'était une montagne, une haute-montagne, comme celles des Alpes de mon enfance,

Et puis les jours passent,

Et la montagne paraît moins haute, devient une colline,

Pour aujourd'hui être un mur, un mur à franchir...

Ce mur, cette étape dans ma vie,

C'est un mot sur mes maux, c'est une clé, la clé de ces mots qu'on garde pour soi,

Des mots sur des maux dont peu de médecins parlent,

Dont peu de femmes parlent, osent le dire,

Ces maux sont ceux de ces femmes qui souffrent comme on dit, périodiquement.

Et en y réfléchissant bien, depuis des années,

De ces femmes qui se taisent, qui n'osent pas dire qu'elles ont mal,

Parce qu'habituées à avoir mal dans leur corps, habituée à avoir mal dans mon corps,

Tellement habituée que le mal devient un camarade, un compagnon d'infortune...

Un compagnon, parce que là au quotidien,

Jusqu'à ce qu'un médecin pose un mot sur ce mal,

Et là...

Et là, je me rends compte que ces douleurs sont là sans cesse,

Les jours sans mal, sont des jours rares, j'attends presque qu'il revienne,

Les jours sans en arrivent à ne pas être des jours normaux,

Parce que ces douleurs font partie de ma vie...

Cette maladie que les médecins détectent tard, ou pas du tout.

Alors voilà, ce poids dans mon corps, ce mal, porte un nom : l'endométriose.

Des années passées à passer des examens,

Des années à oublier la douleur tant elle est là tout le temps,

Des années à ne pas dire le mal, parce que non, on ne trouve rien,

Des années à ne pas dire le mal, parce qu'il est là depuis trop longtemps,

Des mois, des années, à se remettre en question,

Des maux qui entre eux n'ont pas de lien,

Enfin, ne semblent pas avoir de lien...

Aujourd'hui quelqu'un m'a dit, tu as toujours le sourire, je n'aurais pas pensé que...

Moi non plus je n'aurais pas pensé que.

Mais maintenant je sais, mon entourage sait, que non, on ne dit pas toujours,

Pour quelles raisons...

Je pourrais en faire des pages, de quoi, de pourquoi,

Du mal, de la maladie, de tout ce que ça veut dire....

J'ai décidé de me battre contre ce mal, de me séparer radicalement de lui,

De le laisser sur le bas-côté.

L'intervention se rapproche à grands pas, mais déjà j'avance,

C'est une étape dans ma vie, une étape à affronter, pas à subir.

Un mur à franchir, dont j'ai déjà posé les pierres au sol pour commencer à l'escalader.

Pendant quelques jours, mon travail sera mis entre parenthèses,

Les mots pour parler, la photographie pour m'exprimer.

Parce que jusque-là je ne savais pas vraiment pourquoi je suis photographe...

Maintenant je sais, la photographie comme mon moyen d'expression.

Une première série d'autoportraits réalisée les premiers jours où j'ai su,

Une seconde un jour où ce camarade était un peu trop présent,

Un début de série d'autoportraits, ma façon de le dire ce mal,

Ma façon de l'extraire de mon corps, de ma tête aussi.

Une façon aussi de dire que non on n'a pas le droit d'avoir mal,

Le droit que j'ai c'est celui de choisir de ne plus avoir ces maux,

Pour moi,

Pour mon compagnon de route, celui que j'ai choisi, mon pilier, ma moitié,

Pour mes enfants,

Pour les miens, mes proches, mes amis,

Pour mon métier...

Et peut-être aussi un peu pour les autres femmes qui souffrent..

Merci à ceux qui auront lu cet article,

Dans quelques heures, j'aurais quelques heures et jours difficiles à passer,

Pour un grand bien après...

Un article un peu particulier, j'ai longuement hésité à l'écrire, il est 2 heures du matin...

Fanny

maux, autoportrait, photographe
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Rédigé par Fanny Jorda-Iniguez

Publié dans #Mot du jour